Souvenir d’enfance

Le départ pour l’école dans les années 80′

 

Michaël, Jean- Marc et moi avons dix ans.  Le bus fait le tour des villages pour emmener les enfants vers l’école.  La possibilité de le prendre nous est offerte mais nous disposons un meilleur objet. Pour nous il symbolise la liberté : Le vélo.

 Debout au petit matin, tartines et devoirs prêts, le départ est pris.  J’enfourche mon vélo et me dirige vers la ferme de mon cousin.  Michaël nous y retrouve.  Avant le départ, il y a toujours des impératifs dans les fermes.  Pour Jean-Marc, ce sont ses lapins.  Je le trouve chaque matin dans l’étable. Un peu d’eau, du foin et des granulés sont donnés à chacun des résidents.  Aujourd’hui, c’est un peu particulier, cela fait quatre jours que nous surveillons une mère qui doit mettre bas.  Jean-Marc a demandé à son papa pour vérifier si celle-ci est ‘pleine’.  C’est confirmé, il n’y a plus qu’à patienter. Chaque matin nous courons voir si la surprise est présente.  C’est le bon jour, un nid construit laisse apparaître de petites têtes en surface. Nous sommes contents !

C’est l’heure d’enfourcher les vélos.  Nous prenons la direction du vieux chemin de Petit-han.  La route est plaisante jusqu’à l’entrée dans les bois.  Bosses, fosses et cailloux font trembler nos vélos.  Stop ! Tout le monde s’arrête ; une mallette à terre.  Il faut dire qu’elles souffrent avec les vibrations incessantes.  Le tout est fixé sur le porte bagage et c’est reparti.

Nous avons découvert un passage à travers bois. Nous l’appelons le « raccourci ». Notre plaisir, c’est de traverser une énorme flaque d’eau qui envahit tout le passage.  A sa vue nous accélérons le plus vite possible.  Les jambes moulinent jusqu’au dernier moment.  L’élan du vélo fait le reste, nous relevons les jambes le plus haut possible pour éviter les éclaboussures.  Quelles sensations !

Il n’est pas rare que Michaël, le plus fonceur d’entre nous mais également le plus maladroit, prenne une mauvaise trajectoire.  La sanction est immédiate : Michaël s’étend de tout son long dans l’eau.  Commence alors un long moment où les sanglots coulent à flots.  Une fois remis de ses émotions le périple peut continuer.

Reste à affronter Monsieur Jacob, notre maître de classe.  Inutile de s’attarder à trop d’explications, on va se faire ramasser car on est en retard.  Alors nous pédalons avec entrain !

La classe est terminée, les choses sérieuses reprennent.  Les mallettes sont ficelées, à nous la liberté sur le chemin du retour.  Il n’est pas rare de voir une biche, un renard, un blaireau. Le spectacle est toujours magnifique !

Le bois traversé, nous arrivons au village.  Nous devons atteindre la ligne d’arrivée, tracée au sol à la hauteur de la maison de Madame Colson : ligne d’arrivée de la course cycliste annuelle du village.

L’air de rien, nous nous observons les uns, les autres.  Il reste cent mètres avant  la ligne.  Michaël lance le sprint.  Je me colle à sa roue, je le frôle et le dépasse.  Plus que dix mètres et la victoire est à moi. Quand, surgi de nulle part, Jean-Marc me dépasse sur les trois derniers mètres.  Il crie victoire et lève les bras.  Flut !  Tant pis, mais demain pas question de me laisser avoir, c’est moi qui gagnerai !

Le centre du village est là, un furtif «  A d’main » et nous nous séparons pour retourner chacun dans nos familles.

Un petit morceau de quotidien de gamins ayant traversé les années quatre-vingts…

Emmanuël  Delfosse    Les gîtes de la ferme du Pré Charmant

 

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